Discours d’Ouverture du Congrès Pentecôte 2019

Bonjour à tous,


Merci. Merci à tous de partager cet événement en hommage à la lignée de Sri Tirumalai Krishnamacharya, “Yoga, chemin de gratitude”. Je suis si heureuse de partager avec vous cet hommage. Merci à Chantal qui m’a tant aidée. Merci à Martine, à Estelle, Stéphanie et Patrice qui ont eu envie de participer à cet hommage et merci du fond du cœur à David Hykes qui nous fait l’honneur et la joie d’ouvrir ce congrès par une invocation.

Les vrais Maîtres spirituels sont des mystiques, des personnes qui ont une connaissance expérimentale du divin. Ils n’ont pas besoin de parler, ni de faire des choses extraordinaires, il suffit qu’ils existent et soient ce qu’ils sont.
Tradition millénaire, le yoga est une discipline, aux multiples chemins, si bien définie par Sri T. Krishnamacharya : “La pratique du yoga comprend le corps, l’esprit et l’âme. Elle porte toujours ses fruits et donne à ceux qui l’exercent ce qu’ils cherchent.”


Sri B.K.S. Iyengar, Sri T.K Sribhashyam, Sri T.K.V. Desikachar, Gérard Blitz, vous avez su transmettre le yoga reçu par votre Maître, Sri Tirumalai Krishnamacharya, avec ferveur, sans le trahir, en préservant cette source vive tout en sachant en extraire différentes saveurs pour en préserver l’essence, le Souffle de Vie, la Vie dans toutes ses manifestations, ici et maintenant. Se relier au passé, à la lignée pour vivre pleinement le présent dans toute sa diversité. Suivre l’enseignement d’un Maître, c’est recevoir un savoir ancestral qui renaît chaque jour dans l’humilité de l’écoute et dans la gratitude de l’offrande reçue. La vie est mouvement. Transmettre c’est se relier à ceux qui nous ont précédé, tout en s’appuyant sur la confiance de ce qui nous a été transmis. Ainsi vécu, transmettre le yoga devient un chemin de gratitude, d’humilité, de liberté, d’offrande et de joie.


Je suis très émue. Sribhashyam vous êtes passé du visible à l’invisible. La dernière fois que j’ai suivi votre enseignement, c’était ici à Saint Antoine, dans la salle Blanche. Nous sommes nombreux lors de l’Ascension 2017 à avoir reçu ces enseignements exceptionnels d’une rare densité, sur la Bhakti, et sur le message si profond de la Bhagavad Gîtâ. Merci Sribhashyam, merci pour votre enseignement, votre confiance, votre bienveillance et votre présence… Votre enseignement est vivant, il résonne en moi, en nous, il est et sera encore et toujours source d’inspiration et même d’enthousiasme. Lors de ce dernier séminaire que vous nous avez offert, sur le Dhyâna yoga, comme voie vers la Bhakti, alors que vous étiez déjà très malade, votre enseignement ne fut que Lumière et Amour. Comme vous nous l’avez si bien fait ressentir, on ne réalise pas Dieu, on le perçoit.

C’est une relation invisible et libre de tout dogme religieux. Une relation de confiance et d’amour avec ce Dieu apophatique, ce Brahman, cette Lumière Absolue qui réchauffe les cœurs et nous ouvre à la Foi, à la Joie imprenable, à la Vie au-delà du visible et du temporel. En vous appuyant sur le Chant 12 de la Bhagavad Gîtâ, Sribhashyam, vous nous avez guidés sur la voie dévotionnelle, où se développe cette relation où l’ego s’efface tel que nous le propose le chant du Bienheureux Seigneur :


“Ceux qui, unifiés, absorbant en Moi leur esprit, M’adorent constamment, et qui possèdent une foi extrême, ceux-là sont à mes yeux, les yogis les plus accomplis.” Chant XII verset 2.

C’est portée par un sentiment profond de gratitude que l’idée de ce congrès m’est venue. Après avoir tant reçu de mes Maîtres, de la Vie, il m’est apparu essentiel, primordial de participer, en toute humilité, tel un maillon de cette chaîne ininterrompue, à la transmission de cette tradition millénaire qu’est le Yoga.

Votre enseignement nourrit mon âme, chaque jour de ma vie. Ce souffle m’a guidée, m’a soutenue dans les moments difficiles et m’offre joie et confiance au quotidien. Il y a maintenant plus de vingt ans, que j’ai eu la grâce de recevoir votre transmission. Il est difficile de parler de soi et pourtant je m’y sens obligée aujourd’hui.
J’ai commencé le yoga à seize ans. Toute ma vie le yoga m’a nourrie, m’a accompagnée. J’ai eu la chance de rencontrer l’enseignement de Gérard Blitz, un des premiers disciples européens à suivre l’enseignement de Sri Tirumalai Krishnamacharya. Comme vous le savez, après j’ai suivi la formation d’Eva Ruchpaul, une grande dame du yoga, qui a invité pendant plusieurs années, Sribhashyam quand il est arrivé en France, et il a donné des cours de philosophie indienne dans son école rue Troyon.



Plus tard, j’ai retrouvé l’enseignement de Gérard Blitz avec les yoga sutra. Tous ceux qui ont rencontré cet homme se souviennent de son ouverture de cœur, de sa bienveillance, de son rire, de sa voix quand il enseignait, et surtout de sa Présence, une Présence d’Amour, dans ses cours, dans ses pratiques, dans sa vie… Sa qualité d’Etre, l’Etreté comme il disait.

Puis en 1995, alors que j’étais à Zinal pour représenter la Fidhy, j’ai suivi pour la première fois pendant toute une semaine, l’enseignement de Sribhashyam sur la Bhakti, ce chemin d’éveil de l’âme. Ce fut une révélation. Comment expliquer cette métanoïa, cette transformation, ce mouvement de retournement par lequel l’être humain s’ouvre à plus grand que lui-même. Les mots ne peuvent que limiter ou trahir l’expérience. Sribhashyam ne m’a pas appris les postures, il m’a offert un chemin de Lumière, un chemin d’Amour, un chemin de Joie, un chemin de Confiance, de Confiance en ce qui nous dépasse. Comment nommer ce qui est ineffable, indicible ? Certains l’appellent Brahman, d’autres Ishvara, d’autres Jésus, d’autres « Je Suis Celui qui Est », d’autres encore le nommeront Lumière, d’autres l’appelleront Dieu et certains même ne le nommeront pas : YHWH (Yahwé) ce tétragramme imprononçable … Nommer c’est à la fois donner la vie, faire entrer dans le monde de la manifestation, mais c’est aussi entrer dans le personnel, le monde fini avec ses limitations.


La Présence de l’Infini éclaire et éveille le fini… Le nom donne forme, donne vie ; c’est par notre nom que nous existons, que nous nous différencions. Et pourtant le chemin du yoga c’est aussi de se libérer de notre petit moi, de notre ego et de sa toute puissance sous-jacente qui nous empêche de devenir nous même, de nous ouvrir à notre véritable Etre, à notre nature divine, comme il est écrit dans les yoga sutra ou dans la Bhagavad Gîtâ. Tel le 23ème sutra dans le premier chapitre des Yoga sutra, “Ishvara Pranidhana”, s’abandonner au Seigneur, à Ishvara, indication reprise par Patanjali en tant que cinquième Nyama, et comme chemin vers le samadhi dans le sutra 45 du chapitre II (“par l’abandon à Dieu s’accomplit la réalisation du samadhi.”).

S’ouvrir à l’expérience directe du divin, en dehors de toutes pensées et concepts. S’ouvrir, ouvrir son cœur, habiter ce silence plein, demeurer dans la Présence, une présence d’Amour, de Joie et de Lumière, c’est le chemin de la Bhakti.

Sribhashyam, Vous êtes vivant et je garde dans mon cœur, en toute humilité, votre dernier message que vous m’avez adressé après le séminaire en mai 2017, comme un héritage sacré :
“Encore une fois, j’apprécie sincèrement tout l’effort que vous faites pour cultiver et développer la dévotion chez vos élèves. Continuez, s’il vous plaît. Que Dieu vous bénisse.” (signé) Sribhashyam.



C’est dans votre confiance, Sribhashyam et dans la gratitude que je ressens pour tout ce que j’ai reçu, que j’ai puisé l’énergie nécessaire à l’organisation de cet hommage qui me remplit de joie.
La joie est au cœur de toute spiritualité ; écoutons ces paroles de Gérard Blitz :
“N’entrez pas dans le rôle de professeur de yoga. Soyez simple et chaleureux. Soyez vrai. La pratique du yoga conduit à un sentiment de joie.”
Pour conclure, laissons-nous conduire par ce souffle de Vie, ce Prana, ce Pneuma, ce Souffle de la Pentecôte, un souffle subtil, une transcendance immanente qui éveille notre cœur, sans jamais le contraindre en une éclosion de pur Amour.
Ouvrons notre cœur au poème de Rabindranath Tagore :
“Laisse seulement subsister ce peu de moi par quoi je puisse te nommer mon tout. Laisse seulement subsister ce peu de ma volonté par quoi je puisse te sentir de tous côtés, et venir à toi en toutes choses, et t’offrir mon amour à tout moment. Laisse seulement subsister ce peu de moi par quoi je ne puisse jamais te cacher. Laisse seulement cette petite attache subsister par quoi, je suis relié à ta volonté, et par où ton dessein se transmet dans ma vie : c’est l’attache de ton Amour.”
Merci à tous. Je vous remercie pour votre confiance et pour ce partage.
Je vous souhaite un beau congrès, un congrès de joie, un congrès d’amour et de confiance porté et guidé par le Souffle de la VIE.

(Pour présenter l’hommage musical de David Hykes)
Et maintenant, laissons-nous traverser par la musique des mots, et par la Lumière du silence qui nourrit notre cœur avec ce poème de Rabindranath TAGORE, puis par l’écoute de la Musique des Sphères avec David Hykes:
“ … Mais comment Toi tu chantes, Maître, je l’ignore !
Et j’écoute toujours dans l’éblouissement silencieux.
La lumière de ta musique illumine le monde…
Mon cœur aspire à se joindre à ton chant…
Vie de ma vie, toujours j’essaierai de garder mon corps pur,
sachant que sur chacun de mes membres repose ton vivant toucher.
Toujours j’essaierai de garder de toute fausseté mes pensées,
sachant que tu es cette vérité qui éveille la lumière de la raison dans mon esprit…
Et ce sera mon effort de te révéler dans mes actes,
sachant que c’est ton pouvoir qui me donne force pour agir…
Je me suis assis à tes pieds.

Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite,
pareille à une flûte de roseau, que tu puisses emplir de musique.”

Les deux citations de Tagore sont tirées de “Sagesses et prières du monde. Trente sentiers d’exploration.” de Jacques Scheuer – Editions Fidélité – collection Spiritualité.