Transmission et Conviction

Compte-rendu fait par Patrice Delfour lors d’un cours dispensé par Sri T.K. Sribhashyam en 2008.

Il ne faut pas confondre amour et dévotion nous répétait-il. La dévotion, en tant qu’amour inconditionnel envers Dieu, c’est avant tout se sentir attiré de manière irrationnelle (et parfois même repoussé) par le divin. Prendre l’amour en Dieu comme de la dévotion, serait transformer le divin en objet d’expérience, rendre les expériences mondaines en expériences divines ; alors que la dévotion est une émotion immuable et sans réciprocité !
Par conséquent, le soutien pour Bhakti (la dévotion) est issu de notre conviction. Et la solidité de notre conviction se mesure à sa résistance dans les épreuves que nous traversons. Sommes-nous capables de rester humbles et forts à la fois, respectueux et soutien… quelles que soient les turbulences de notre quotidien ? La conviction est à quatre dimensions, comme les quatre points cardinaux qui nous enveloppent.
Conviction en Dieu : toutes nos épreuves d’aujourd’hui découlent de nos vies passées, et, nous préparons les prochaines dans la vie actuelle. Pourtant, nous écartons Dieu quand survient un conflit, l’inexplicable injustice, ou un malheur trop insupportable. Alors, Dieu n’existe plus… et le karma (incidence de nos actes sur nos vies futures) non plus ! La connaissance est une voie pour apprendre, et pour comprendre nos comportements paradoxaux…

Conviction au maître : le maître nous explique comment rester dans la voie malgré les événements que nous rencontrons. Le maître peut nous paraître souvent bien pénible ! Il nous permet cependant de ne jamais perdre le cap malgré les intempéries. Que se passe-t-il quand l’entourage accentue notre doute sur la bonté du maître, sur son ego, sur ses motivations ? Apprenons à nous remettre en question : qu’étais-je avant de le rencontrer ? Que suis-je devenu ?

Conviction aux ancêtres : si nous recevons un enseignement spirituel aujourd’hui, c’est que nos ancêtres nous ont légué cet élan. Il y a une valeur familiale ancestrale en nous ! Notre héritage se forge par nos actions passées, certes, mais aussi par la transmission familiale de valeurs indiscutables (et bien souvent inconscientes). La difficulté dans la démarche spirituelle n’est pas tant dans la conviction (parfois fluctuante) en Dieu, mais dans le lien ancestral que nous ignorons ou décidons de ne plus entretenir. Plus nous serons égo-centrés, plus nous renierons nos parents, moins nous pourrons profiter du soutien familial. Si nous coupons le tronc, nous n’aurons plus de fruits.

Conviction en l’âme : Atma n’est pas le reflet de Paramatma ; Paramatma est la source de Atma. Eliminer Dieu nous rend évidemment tout-puissant. Or, pour avoir la conviction en l’âme, il faut croire en sa source, être convaincu de l’existence de Dieu. Croire en cette source de l’âme, c’est travailler sur notre ego pour le rendre moins puissant, c’est rester humble sur nos gains et nos pertes, c’est voir en l’autre un pair…

Ne pas croire en Dieu, c’est ne pas croire en l’âme, ni au soutien des ancêtres, ni à celui des maîtres. Oublier Dieu, c’est permettre à son ego de se hisser à la première place. Nous transformons alors tout plaisir sensoriel (perception agréable) en plaisir sensuel (recherche de plaisir). Le vrai dévot sait offrir des fleurs pour le plaisir de donner et non pas pour la beauté des fleurs.
N’oublions pas que la sagesse est aux mains de nos maîtres… et de nos aïeux ! Les rencontrer est une expérience terrestre (à défaut d’une expérience spirituelle plus capricieuse avec notre âme ou son créateur). Sachons les écouter et profiter de leurs transmissions.